Saint Amé


Sa vie


Saint Amé (570-625) naquit dans la région de Grenoble d'une pieuse et noble famille chrétienne : La tradition a conservé le nom de son père Eliodore, mais ne nous a pas transmis celui de sa mère.

Dès son enfance, le jeune Amé manifesta des dispositions particulières pour la vie chrétienne et il fut amené à l'âge de dix ans au monastère d'Agaune dont la réputation était grande alors en Gaule. Très vite le jeune garçon se distingua par son sérieux dans les études et son goût pour la vie monastique. Dès qu'il fut en âge de le faire, il prononça ses vœux monastique et fut admis dans la communauté. Les Acta Santorum ont laissé de lui un portrait très flatteur, autant physique que spirituel : Il y était mentionné qu'il avait « une sainteté visible pour chacun, une charité qui ne se refusait à personne et une tempérance bien réglée… ».

Après trente ans d'une vie communautaire, un matin on ne voit plus Amé dans l'abbaye. On le cherche partout. On s'inquiète. On se met à jeûner pour lui afin qu'il soit protégé, car on ne peut imaginer que le pire… Enfin on aperçoit dans la neige des pas d'hommes près des falaises à l'écart du monastère. On les suit et on trouve le moine Amé dans une grotte au flanc d'une paroi abrupte, à trois cents pieds au dessus du bourg. Elle existe toujours c'est la grotte du Scex au dessus de Saint Maurice.

Le pieux religieux avait décidé de venir là pleurer ses péchés et vivre en ermite… Cédant à la pression affectueuse de ses frères qui comprennent sa ferme intention de poursuivre dans la solitude sa vocation monastique, il accepte néanmoins de recevoir d'eux de la nourriture tous les trois jours. Un moine du nom de Bérin lui apporta donc régulièrement de l'eau et du pain. Amé ému de la constance de son frère et de sa charité voulut lui épargner une fatigue inutile et il lui demanda de venir près du rocher où était sa grotte prier le Seigneur afin que de l'eau lui soit donnée par Dieu. Après un temps, Amé se leva, remercia Dieu et frappant le rocher de son bâton, il en fit jaillir une source qui coule toujours de nos jours. Il défricha ensuite une partie de la forêt qui jouxtait sa grotte et y sema de l'orge. Ainsi, il put lui-même avec une meule rudimentaire écraser sa récolte de grain et en faire du pain pour produire sa nourriture.

Il vécut ainsi trois ans dans la prière incessante et le labeur. Sa renommée était grande, au-delà des frontières du Valais.Vers l'an 614, saint Eustaise, successeur à Luxeuil de saint Colomban, ayant entendu parler de ce saint ascète, gravit la montagne pour le voir. Là, émerveillé de ce qu'il vit, il le pressa par toutes sortes d'arguments de venir à Luxeuil. Amé finit par se laisser convaincre et lorsque de retour de Bobbio Eustaise vint lui rappeler sa promesse, il quitta sa chère grotte et se mit en route pour Luxeuil. C'était en l'année 615.

A Luxeuil, le saint moine fut admiré de tous. Eustaise décida de l'envoyer accomplir certaines missions pour l'Eglise. Au cours de l'une d'entre elles, il rencontra un noble et riche chrétien qui menait une vie sainte. Son nom était Romaric, il comptait pour perdue toute journée où il n'aurait rien accompli pour le Seigneur. A la fin d'un repas il demanda au saint de lui dire une parole de salut. Amé lui montra un plat d'argent sur sa table. Il lui fit remarquer qu'il en était esclave et que l'apôtre avait dit «  Votre or et votre argent se rouilleront, et cette rouille portera témoignage contre vous et dévorera vos chairs comme un feu. » ( Jacques, V, 3).

Le noble Romaric fut ému par cette parole. Il demanda au saint ce qu'il devait faire. Et Amé répondit en rappelant l'épisode du jeune homme riche de l'Evangile. Romaric vendit tous ses biens, et s'en alla prendre l'habit monastique à Luxeuil.

Il avait réservé un domaine et un château surnommé Romariberg ( plus tard Remiremont) qu'il confia à Amé. Celui-ci y établit une communauté de moniales avec la bénédiction d'Eustaise. De nombreuses jeunes filles vinrent y vivre sous la règle de saint Colomban. Une higoumène fut désignée qui devint sainte Mactefelde. La communauté à l'imitation des celle de Saint Maurice d'Agaune elle-même inspirée des acémètes ( en grec qui ne dorment jamais) de saint Marcel de Constantinople pratiquait la louange perpétuelle, les moniales en sept chœurs de douze sœurs se relayant à l'église.

Voulant s'occuper d'une autre fondation, le saint plaça Romaric comme abbé de cette communauté et il établit un monastère d'hommes sur la même colline.

Mais Amé se souvint alors de sa solitude du Scex à Saint Maurice. Il trouva une grotte sur le versant oriental du Saint-Mont et y fixa sa demeure. Il reprit le cours de sa vie d'ermite tout en exerçant la paternité spirituelle avec discernement et charité.

Un moine qui était parti du couvent de Luxeuil, y était revenu porteur d'une doctrine impie. Lorsqu'il vint à Remiremont, Dieu permit que Romaric et Amé soient séduits par les idées de ce moine et s'égarent pour un temps. L'intervention de saint Eustaise et la mort infamante de ce moine remirent les deux pères sur le droit chemin. Le fait que cet événement soit rapporté par les biographes du saint atteste de la vérité de leur pieuse chronique. Amé se repentit et doubla ses austérités. Il vécut encore deux ans d'une vie édifiante puis il fut averti par le Seigneur de sa fin prochaine. Il demanda à un frère d'aller chercher du bois dans la forêt pour se faire un lit de cendres. Ainsi fut fait. Peu de jours après, Amé se revêtit de son cilice, il se prosterna dans la cendre, confessa à haute voix tous les péchés qu'il avait gardé en mémoire. Puis il poursuivit sa pénitence une année durant. Etant allité, il recevait les frères et leur donnait un pieux enseignement.

Quand il sut que la mort était aux portes de son âme, il se fit lire la lettre de saint Léon Patriarche de Rome à saint Flavien et à chaque article de foi annoncé, il approuvait à haute voix en disant sic credo ( je crois ainsi).

Il mourut ainsi dans la confession d'une foi orthodoxe le 13 septembre 625. Trois jours après sa naissance au ciel, il apparut à un moine pour lui dire qu'il avait trouvé grâce devant Dieu. Il annonçait aussi la prochaine prospérité de Remiremont. Il apparut encore un an après pour demander que l'on dépose ses restes dans l'intérieur du sanctuaire de la Mère de Dieu.

Deux siècles plus tard, les corps exhumés étaient comme au premier jour de leur trépas et de nombreux miracles eurent lieu. Saint Amé et saint Romaric aimaient particulièrement les colombes et avaient coutume de les nourrir. Après leur mort, le monastère continua à nourrir ces colombes auprès de leurs tombeaux. Or quand les deux corps furent exhumés et conduits dans l'église, on put voir ces créatures de Dieu qui les accompagnaient en volant, qui entrèrent dans le saint lieu et y établirent leurs nids dans le toit. Pendant quatre siècles elles furent les gardiennes fidèles des saintes reliques.

Et les miracles continuèrent. On relate qu'un enfant né les paupières jointes fut oint d'huile de la lampade qui brûlait au tombeau de saint Amé et vit enfin la lumière. La révolution vit la profanation des reliques qui furent dispersées dans la sacristie de l'église. Quelques unes furent sauvées par les religieuses qui les remirent à l'Eglise après la tourmente, mais la communauté de Remiremont fondée par saint Amé ne survécut pas à la fureur impie des révolutionnaires.


Claude Lopez-Ginisty

Tropaire


Fidèles honorons le saint moine Amé
Qui toujours méprisa les tempêtes du monde
Et vécut près du Ciel lorsqu'il était sur la terre.
D'Agaune à Remiremont il a mné le bon combat,
Et Dieu lui a accordé la grâce d'accomplir des miracles.
Par ses prières ô Christ accorde nous le salut de nos âmes !


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